Juan Batlle Planas (Torroella de Montgrí, 1911-Buenos Aires, 1966) fut une figure majeure de l’avant-garde argentine des années 1930, mais méconnu en Argentine. Il n’a jamais acquis la nationalité argentine et, bien qu’ayant vécu à Buenos Aires dès l’âge de deux ans, il n’est jamais retourné en Espagne, même pour un court séjour.
Juan Batlle Planas : Le Cabinet Surréaliste est la première exposition monographique consacrée à cet artiste en Argentine. Il ne s’agit pas d’une rétrospective exhaustive, mais plutôt d’une exposition anthologique centrée sur certaines périodes, un type d’œuvre et quelques thèmes, excluant notamment ce qui a fait la popularité de Batlle Planas dans le pays : les Noicas , figures féminines oniriques, parmi les muses, les anges et les poupées qui guident l’artiste.
Expert en psychanalyse, Batlle Planas considérait l’automatisme graphique comme une stratégie créative pour explorer l’âme humaine. La théorie de l’inconscient et les processus internes de l’énergie psychique se reflètent dans les différentes manifestations plastiques de sa production prolifique. Salvador Dalí, José Gutiérrez Solana, Joan Miró, Pablo Picasso, Giorgio de Chirico, Francis Picabia et Max Ernst furent les référents d’un univers iconographique qui évolua des postulats surréalistes à la peinture métaphysique ou au langage de l’abstraction, sans oublier la sculpture, l’engagement dans des projets publics et l’écriture.
Batlle Planas a réalisé des œuvres de petit format, mêlant formes géométriques et figuratives, découpage et peinture, avec une forte composante onirique. Artiste autodidacte, il a commencé par copier la nature, mais l’insatisfaction suscitée par ces expérimentations l’a conduit vers la création automatique, élément clé pour comprendre sa démarche artistique. Celle-ci est particulièrement visible dans les deux productions qui constituent le corpus de cette exposition : les radiographies dites paranoïaques et une vaste et minutieuse sélection de collages , toutes deux manifestations pionnières du surréalisme en Argentine.
Dans ses radiographies paranoïaques, les protagonistes sont des crânes et des squelettes, des silhouettes nues et vides, des êtres mystérieux de l’inconscient qui évoquent l’intérêt de l’artiste pour la « Espagne noire » de Francisco de Goya et José Gutiérrez Solana, ou encore pour la Danse macabre de Verges (dans sa région natale, l’Empordà). Dans ses collages , il crée des poèmes visuels où composition et contenu s’unissent. Ses œuvres présentent un intérêt particulier car elles ont émergé durant la décennie marquée par l’arrivée massive en Argentine d’écrivains, d’éditeurs et d’intellectuels espagnols, suite à la guerre civile espagnole. Batlle Planas connaissait une grande partie de ce groupe et, de l’amitié qu’il a nouée avec nombre d’entre eux, sont nées de fructueuses collaborations, notamment dans le domaine de l’illustration littéraire, également présentée dans l’exposition.
L’exposition présentée au Musée d’art de Gérone, inaugurée au Musée d’art abstrait espagnol de Cuenca et qui voyagera ensuite au Musée de la Fondation Juan March à Palma, propose une sélection de près de cinquante œuvres, ainsi qu’une documentation variée comprenant des études, des revues, des livres et des carnets illustrés, des photographies, des lettres, etc. de Batlle Planas, artiste, poète, illustrateur, collectionneur et, surtout, créateur de mondes pleins de rêves et de réalités parallèles au quotidien.
Fondation Juan March / Musée d’art de Gérone, 2018-2019