L’initiative d’exposer l’une des œuvres emblématiques de Ramon Martí Alsina était née d’une collaboration entre le MNAC, qui la détenait dans ses réserves, et la mairie de Gérone, la Generalitat de Catalunya et la Caixa de Girona, qui prit en charge les frais de restauration. Plusieurs raisons motivaient ce projet : d’abord, rendre hommage au grand peintre réaliste catalan et à ce qu’il considérait comme son chef-d’œuvre. Ensuite, le thème revêt une importance particulière, coïncidant avec les événements du 19 septembre 1809, en pleine guerre napoléonienne et lors d’un siège de Gérone par les troupes napoléoniennes. Enfin, il s’agissait de créer un nouvel espace d’exposition de grande envergure, entièrement rénové et installé dans un bâtiment institutionnel tel que l’ancienne chapelle de l’hôpital Santa Caterina, aujourd’hui auditorium Josep Irla.
Outre son intérêt pour le réalisme catalan, Martí Alsina fut séduit par la perspective française d’un romantisme historique, patriotique et guerrier, incarné par Delacroix, Géricault et surtout Horace Vernet. Ce romantisme vibrant et le thème du tableau ne masquaient pas les influences déjà acquises dans le traitement des figures, typiques du réalisme français, qu’Alsina découvrit à l’Exposition universelle de Paris de 1855. Il semble qu’une dizaine d’années plus tard, vers 1865, il travaillait déjà à « El Gran dia de Girona », œuvre avec laquelle il souhaitait marquer un tournant dans sa carrière : créer une toile de grande envergure aux dimensions spectaculaires (à ce jour, aucun autre peintre catalan n’a dépassé ces dimensions, 5,40 m x 11,90 m) et célébrer l’héroïsme patriotique.
Pour réaliser cette œuvre, il eut besoin de plusieurs esquisses et études préparatoires, telles que « La Compagnie de Santa Bàrbara », « La Tente de la Bruyère » ou encore l’esquisse conservée dans les collections du Musée d’Art. Toutes décrivent les mêmes événements survenus le 19 septembre 1809, lorsque les habitants de Gérone, menés par le général Álvarez de Castro, affrontèrent l’envahisseur. Le tableau met en lumière l’héroïsme des protagonistes, mais aussi l’épuisement, la misère et le désespoir des combattants, qui luttent au milieu des cadavres et des mourants.
Avec le temps, les dimensions imposantes de la toile, les coûts économiques engendrés, l’avis défavorable des critiques ayant suivi le processus créatif et le désintérêt croissant pour la peinture d’histoire firent que Martí Alsina ne s’y consacra pas suffisamment, au point de la considérer lui-même comme une œuvre inachevée. Plus tard, des analystes virent dans « Le Grand Jour de Gérone » le reflet du caractère arrogant du peintre et de son obsession à fusionner les aspects les plus réalistes et romantiques dans une toile colossale, tout en recherchant un style personnel.
Lien vers le magazine Rescat . Article intitulé « La grande journée de Gérone ».